A quelques instants de siècles près – Latagore, 17h
Cela faisait dix-huit heures que le village était assiégé par les forces adverses. Les défenseurs avaient fait de leur mieux mais dès les premières heures ils avaient dû se replier vers le Nord, ils n'étaient ni assez nombreux ni assez équipés pour lutter contre une telle déferlante. Heureusement une dizaine d'heures plus tôt des troupes fraîches étaient arrivées et depuis ce temps ils tentaient de reprendre le terrain abandonné...
L'homme tira une rafale depuis son muret et s'élança à travers la rue en exécutant une roulade qui l'amena dans le bâtiment d'en face, effondré mais lui offrant une meilleure couverture. Une grêle de balle appuya son effort sans toutefois le toucher. Il y retrouva un autre homme tout aussi épuisé que lui, ils faisaient tout deux partie de ceux qui étaient là depuis presque une journée, depuis le début de ce massacre en règle.
« Greg, quoi de neuf sous notre soleil en fusion ? Dit celui qui était venu chercher un abri providentiel dans ce reste d'habitation.
- Pas mort Jack ? T'es bien le seul, Tedin et son escouade viennent de partir pour la rue Lénine, j'te jure là-bas ça fritte. Angus est mort, la tête de pont du secteur Ouest n'a pas tenu.
- Et merde, t'en as d'autre comme ça ou ça veut dire qu'il faut que je me lève et que j'y aille moi même ?
- Y'a bien le sergent Belledin qui tient sa ligne, mais elle manque de psis alors...
- J'vois ce que tu veux dire... Nils est sensé être en route avec du matos, mais je sais pas s'ils ont compris dans le matos des psis d'assaut.
- Si c'est Nils on devrait pouvoir s'en sortir, il prend son travail très à cœur. Allez Jack, on rejoint Belledin en faisant un joli carton au passage ! Pour Ynis ! »L'homme nommé Jack acquiesça avec un sourire féroce. Il sortit un miroir de sa poche et grâce à ce stratagème regarda au dehors. Deux cracheurs de plomb semblaient les attendre derrière le cadavre calciné d'un véhicule. Il prit le temps d'expirer et d'inspirer, puis chargea son lance-grenade. Il pensa que les deux attendaient sans doute des renforts puisqu'ils ne prenaient pas le risque d'attaquer eux-mêmes. Tant pis pour eux. Jack tira sa grenade et le véhicule explosa encore une fois, Greg en profita pour se relever et achever l'adversaire d'une ou deux rafales. Jack était déjà à l'abri trois mètres plus loin derrière un autre pan de mur effondré. La sauvagerie semblait être un mot d'ordre, ces derniers temps.
Un pâté de maison plus loin, un groupe d'une douzaine d'hommes faisaient face à un assaut en masse de l'adversaire. La partie se révélait particulièrement ardue au vu des corps divers jonchant le sol, mais malgré la position fortement défendue l'ennemi semblait sûr de lui. Surtout nombreux, et bien équipé. Le fracas des balles et des explosions résonnaient partout, on se serait presque cru dans un stand de tir à la M60. On avait cru entendre les chenilles d'un tank mais personne n'était sûr, à cause du brut incessant de leurs armes.. Encore quelques minutes et les survivants serait balayés, ne serait ce que parce que leur abris s'effritaient peu à peu sous l'impact des balles.
Soudainement, le vacarme sembla se taire, on put voir un pan de manteau immaculé sur le champ de bataille. Les mitrailleuses adverses s'étaient tues. Une poignée de secondes plus tard et la dizaine se retrouva multipliée, Tedin était dans la place. La particularité du chef d'escouade était de toujours se porter au front. Il était le seul à pouvoir dévier les balles et court-circuiter tout ce qui passait à portée de son regard dans le secteur. Les cinquante adversaires s'étaient retrouvés au tapis en moins de cinq secondes. Il avait suffit qu'il se montre et ils étaient tombé comme des mouches. La rue Lenine était sous contrôle.
Belledin se disait en cet instant même qu'il allait monter en grade. Son lieutenant était mort cinq heures plus tôt et ne risquait pas de se relever. Un obus lui avait déchiré la moitié du corps, et l'autre moitié avait disparu sous les chenilles d'un tank. Tank qui avait lui même fini en état de conserve usagé, un Psi s'en était chargé. Le sergent procédait à la prise de contrôle d'une église en ruine. On venait d'abattre le clocher à coups d'obus et les deux tanks qui lui restait pilonnaient maintenant le bâtiment en lui même. Dix hommes tentaient une approche plus directe, mais étaient coincé à huit ou neuf mètres de l'église. Ça bougeait encore, la dedans. Deux douzaines d'hommes encerclaient l'église. Ce n'était plus qu'une affaire de temps. On pouvait encore faire bien des choses avec une paire de tanks, soixante hommes et deux Psis.
« Sergent, Teddin vient d'établir une nouvelle tête de pont au niveau de la rue Lénine. Le caporal-radio venait au rapport.
- Je l'aime bien, ce mec. Dites lui qu'on prend son aile gauche. Joignez le capitaine, la place Tchekhov est sous contrôle. » Dit-il en regardant ses hommes investir l'église. Oui, cette journée était une belle journée.
Jusqu'à ce que l'église implose, projetant corps et débris alentours. Le sergent poussa un soupir et commença à donner des ordres d'une voix de bouledogue. Ces cafards tenaient vraiment à lui pourrir cette si belle journée.
La lutte continuait.
J'aime.
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