30 décembre 1998 - Paris, 2h45
Il vient d'apprendre qu'on lui rend visite, ce qui n'est pas pour lui déplaire -c'est sa nièce après tout- mais il se trouve qu'il a des invités impromptus chez lui, dont un qui est assit dans un coin de la pièce, copie de dormeur tâché de rouge. Le tissu du fauteuil ou il à été posé comme un sac est foutu. Autant dire que ladite nièce tombe on ne peut plus mal.
« Ces connards de la M&D nous attendaient ou quoi ? Ils l'ont allumé direct, putain ! Tu peux m'expliquer ce que foutaient ces gars ici ? T'as touché un mot au fiston à propos de l'opération ou quoi ? S'élève une voix masculine plutôt grave, et en colère de surcroit.
- Thomas, je t'ai déjà dit qu'ils vous avaient repéré depuis le début, Vous étiez déjà out dès que vous êtes entrés. Dit l'hôte, très calme. En vérité voir qu'un des leurs était mort l'avait secoué, mais il se devait de maintenir certains apparences.
- Ouais enfin c'est pas toi qui était au feu et qui a trouvé le thermostat un rien trop élevé, aboie un troisième homme. Celui-ci place dans ses propos une dose d'acidité propre à faire fondre une porte de coffre-fort suisse. L'oncle tiqua quelque peu.
- Marcus, tu peux pas fermer ta gueule cinq minutes ? » Cette fois ci, la voix est féminine. L'insulte à jailli de la bouche d'une jeune femme brune dans un soupir. « Monsieur Wieck, le seul responsable de la mort de Nico ici c'est moi, je prend la responsabilité du fiasco.
- Qu'est ce que …? Dis pas de conneries, Orianna, c'est ces enfoirés de la M&D. » Thomas revient à la charge.
Fabrice Wieck soupire et avise le canapé. Sa nièce tombe vraiment très très mal. Il se laisse tomber lourdement dedans après avoir vidé le verre de whisky qu'il tenait à la main. Comment une telle opération -une routine pour une équipe rodée comme celle-ci- avait pu dégénérer en un fiasco aussi total ? Incompréhensible. Le casse paraissait facile, la commande avait été passé il y a trois semaines auparavant, et l'espionnage industriel (et la récupération) n'avait jamais posé de problèmes majeurs au groupe. Il regarde tour à tour les membres de cette équipe fortement diminuée.
Thomas Leves, qui couvre d'injures la Möwe&Davis Corporation depuis cinq minutes. C'est le fournisseur du matériel assez diversifié du groupe. Ensuite Marcus Cinnati et sa soeur, Orianna du même nom. Le frère est un expert ès récupération diverses, un début de carrière légale comme gymnaste et cascadeur pour vous faire une idée. La soeur est un hacker de génie, elle aurait pu causer le crash de la bourse de Tokyo ou faire s'écraser un avion sur le pentagone, au choix. Le dernier membre du groupe est recroquevillé dans un fauteuil, on ne lui demandera jamais plus rien. De son vivant, il était Nico Cardo, ancien flic reconverti dans les mauvais milieux par amour pour Orianna. Il avait gardé des contacts et des amis partout.
Favrice Wieck ne le regrettait pas pour l'homme qu'il avait été. Il n'avait eu aucun respect pour lui de son vivant, de son gisant c'était pire. Même réduit à l'état de quartier de viande froide, Nico arrivait à l'emmerder. Merci pour le fauteuil. Néanmoins, il ne commentait pas cet état de fait, par respect pour la soeur de Marcus. L'ancien flicaillon s'était entiché d'Orianna, qui ne sortait avec lui que par commodité et plaisir, pas par amour.
Comment en était-on arrivé là ? Il fallait revenir trois semaines en arrière, pour cela. Oui, trois semaines suffiraient, Fabrice n'allait pas retracer une vie presque bien rangée jusqu'à ces débuts tardifs dans l'espionnage industriel. Tout du moins officiellement puisqu'il passait son temps avec les petits délinquants aux grands dealers. Quelques sphères dans le milieu de la Pègre parisienne connaissent Fabrice Wieck, et ce ne sont pas les moindres. Se souvenir...
Il y a 14 ans